Groupe de recherche AHTTEP : Architecture Histoire Techniques Territoires Patrimoines

AHTTEP (ENSA Paris-la Villette)

Composition de l’équipe

Reconnue unité de recherche par le Ministère de la Culture et de la Communication en décembre 2012, l’équipe est formée majoritairement par des enseignants-chercheurs titulaires et associés de l’ENSA Paris – La Villette. Ambitionnant cependant de constituer un pôle d’excellence dans ses domaines de spécialité, elle accueille aussi des chercheurs venant d’autres établissements.

Quatre axes de recherche

Les recherches de l’équipe s’organisent autour de quatre axes thématiques. Deux sont « adossés » à des séminaires de Master de l’ENSAPLV ; les articulations sont aussi importantes avec des thématiques du DSA « Projet Architectural et Urbain » ainsi bien entendu qu’avec le Post-Master DPEA Recherche en Architecture proposé par l’ENSAPLV depuis 2012. Ces axes travaillent en liaison avec ceux de l’UMR MCC/CNRS n° 3329 AUSser, s’ils ne les recoupent pas directement. Ils ne sont pas conçus comme étant étanches entre eux ; les membres de l’équipe sont amenés à contribuer à plus d’un seul, à participer à des actions communes.

1. Histoire, patrimoines, projets

Karen Bowie, Julien Bastoen, Marc Bédarida, Dalil Hamani, Patrick Leitner, Valérie Nègre, Christian Pedelahore de Loddis, Mina Saïdi-Sahrouz, Joanne Vajda…

Cet axe, dont les travaux s’articulent avec le séminaire de Master « Histoire et pratiques de la transformation du cadre bâti », se fonde sur une double ambition : d’une part, produire des connaissances dans les champs distincts mais liés de l’histoire de l’architecture et des villes et du patrimoine architectural et urbain ; d’autre part, agir pour une meilleure articulation de ces domaines avec le projet, l’avenir de notre cadre bâti tel qu’il se dessine et se construit autour de nous. Dans les écoles d’architecture, les étudiants se l’entendent répéter souvent : l’intervention sur l’existant représente la première activité du secteur bâtiment. Mais dans la pratique, que faudrait-il conserver exactement ? Pourquoi ? Selon quels critères ? Trop souvent, les connaissances proprement historiques manquent pour permettre d’éclairer les décisions en matière de conservation.

Une des ambitions de cet axe est ainsi d’anticiper sur les besoins en matière de connaissances historiques, en essayant d’éliciter des études et des travaux historiques sur des territoires en mutation susceptibles de faire l’objet de projets dans les années à venir, notamment en île de France dans le cadre de la mise en œuvre des projets du Grand Paris, mais aussi ailleurs dans le monde. Des membres de notre équipe sont notamment fortement engagés dans les axes de l’UMR AUSSER « Architecture des Territoires » et « Architecture et villes d’Asie, héritage et projets »,  le réseau de recherche architecturale et urbaine des Métropoles d’Asie-Pacifique, travaillant en articulation avec la thématique du DSA de l’ENSA Paris-La Villette « Métropoles de l’Arc Pacifique ».

Soulignons aussi que si nous tenons à être aux prises avec les évolutions actuelles et à produire des travaux qui peuvent servir d’aide à la décision, nous ambitionnons aussi l’élaboration de connaissances à portée culturelle large, qui ne soient pas directement « appliquées » ou « applicables ». D’abord dans le domaine de l’histoire de l’architecture, en contribuant au développement de ce champ à travers entre autres une implication dans les manifestations et publications des associations européennes et internationales actives dans ce domaine, telles la European Architectural History Network (http://www.eahn.org/) ou la Society of Architectural Historians (http://www.sah.org/).

Mais aussi, et sans que soient négligées les approches à l’échelle de l’édifice qui sont au cœur et à l’origine de notre démarche, nous nous intéressons également à l’histoire des villes et des territoires, à celle des réseaux techniques et leurs relations avec les formes architecturales et urbaines. Comme le montrent d’ailleurs les travaux récents des associations mentionnées ci-dessus, le champ de l’histoire de l’architecture s’intéresse désormais à ces échelles territoriales, de l’ensemble de ce que les anglo-saxons désignent sous le terme de « built environment » ; nos travaux participent de cette évolution et c’est ainsi que nous entretenons aussi des liens soutenus avec la European Association of Urban Historians (http://www2.historia.su.se/urbanhis...) ainsi qu’avec la Société Française d’Histoire Urbaine (http://sfhu.hypotheses.org/).

Dans cette perspective, en collaboration avec des centres universitaires spécialisés, une autre ambition est d’explorer les rôles que peut jouer la recherche architecturale dans le champ de l’histoire environnementale des villes et des territoires, dans le sillage des programmes PIRVE « métabolisme urbain » par exemple (http://www.pirve.fr/presentation-du...).

Mais nous proposons par ailleurs de développer des études et des réflexions dans le domaine du patrimoine proprement dit, qui prennent pour objet les théories et pratiques de la conservation et de l’intervention sur le bâti existant ; cela notamment en articulation comme mentionné avec le séminaire de Master de l’ENSAPLV « Histoire et pratiques de la transformation du cadre bâti ».

Il s’agit dans ce cadre de produire, d’explorer et d’expérimenter les nouveaux outils de connaissance et de restitution de l’architecture et des villes du passé, en collaboration et en partenariat avec des centres spécialisés, en France et à l’étranger, dans l’exploitation des nouvelles technologies de l’information dans le champ du patrimoine.

2. Architecture et cultures techniques

Membres : Valérie Nègre, Sophie Descat, Pascal Duguet, Dalil Hamani, Laurent Koetz, Michiko Maejima

Doctorants : Hakima El Kaddioui, Yehudi Morgana

Membres associés : Marie Gaimard, Emmanuelle Gallo, Emilie d’Orgeix, Denyse Rodriguez-Tomé, Linnéa Rollenhagen-Tilly

En liaisons avec Guy Lambert, Leda Dimitriadi

Cet axe thématique a pour objectif de fédérer et développer les recherches qui portent sur la technique et la technologie dans le domaine de l’architecture. Il vise à rassembler les chercheurs, les enseignants-chercheurs et les praticiens (architectes et ingénieurs) des ENSA qui développent une approche matérielle de l’architecture, et plus largement de tisser des liens étroits avec les chercheurs et les praticiens spécialisés dans l’étude des sciences et des techniques. La création de cet axe fait écho au projet de formation d’un réseau parisien des équipes et chercheurs SHS spécialisées dans l’étude des techniques et technologies. L’objectif est de créer une synergie entre les recherches théoriques et finalisées menées à l’intérieur des écoles d’architecture et celle menées dans les universités parisiennes et étrangères en SHS comme en histoire de l’art.

Il s’agit d’abord de développer des réflexions à la croisée de la recherche architecturale d’une part et de l’histoire et de la sociologie des sciences et des techniques de l’autre, autour de thèmes communs tels que l’invention et la création dans les arts et les techniques, la durabilité des technologies, les discours sur la technique, le rôle de l’action dans l’élaboration des savoirs. Dans un monde bouleversé par la place grandissante des techniques, de tels sujets semblent « d’intérêt commun ». À l’heure où construire « durable » est devenu une injonction et où la question de la légitimité des savoirs experts est perpétuellement reposée, la technologie nécessite plus que jamais d’être repensée au regard des enjeux naturels et sociétaux actuels.

Le deuxième objectif est de favoriser les recherches permettant d’exploiter les compétences des architectes et des étudiants en architecture dans le domaine des « objets » techniques. Susciter des travaux sur des matériaux et les techniques de construction (anciens et contemporains). De tels travaux sont à la fois nécessaires pour renouveler l’histoire de l’architecture et pour former des praticiens compétents en matière de sauvegarde et de restauration des édifices et des procédés techniques.

Cette approche matérielle de l’architecture a également un rôle à jouer dans l’enseignement de l’architecture et de la « construction ». Dans ce dernier domaine en particulier, l’histoire de la construction – dont l’enseignement s’est largement développé dans les ENSA depuis une décennie – est un outil pour repenser plus largement l’enseignement de ce champ, en articulation avec les approches physico-mathématiques qui ont progressivement évacué (dans le contenu, comme dans les modes pédagogiques) la dimension esthétique puis concrète et matérielle de la construction.

3. Histoire sociale et culturelle de la médiation architecturale

Pierre Chabard, Julien Bastoen, Marc Bedarida, Patrick Leitner, Joanne Vajda, Mina Saidi-Sharouz, Marilena Kourniati (en cours), Léa-Catherine Szacka (en cours) , …

L’objectif de cet axe thématique, dont les travaux s’articulent avec le séminaire de Master « Critique et histoire de l’architecture et de la ville », est de questionner, avec les outils de l’histoire, l’architecture en tant que champ culturel, à travers ses différentes formes de médiation. Cet axe de recherche est pensé dans une étroite interaction avec la pédagogie, et, en particulier, avec le séminaire de master « Critique et histoires de l’architecture » animé par P. Chabard (thème d’approfondissement « Théorie et critique de l’architecture ») auquel il sera adossé. Outre l’apprentissage à la recherche, un des enjeux pédagogiques est de fournir aux étudiants des outils intellectuels pour construire une nécessaire distance critique vis-à-vis de leur propre culture d’architecte.

Les hypothèses principales qui animeront les travaux de cet axe sont double : d’abord la culture architecturale, malgré ses spécificités (qu’il s’agira de déterminer), n’est pas un champ autonome ; elle doit être abordée à la fois du dedans et du dehors, sans préjuger de la nature et de la position de ses frontières, elles-mêmes hautement instables historiquement ; d’autre part, elle ne peut se réduire à sa dimension discursive ; par conséquent elle ne relève pas seulement de l’histoire des idées mais également de l’histoire des objets qui l’incarnent. Appréhender cette « culture » (notion qu’il s’agira aussi de questionner), dans toute sa complexité, nécessite par conséquent de croiser des analyses internes portant sur les contenus avec, d’une part, une analyse objective de la matérialité de ses formes de médiation et d’autre part une analyse sociohistoriques de leurs usages au sein des mondes de l’architecture. Nous nous focaliserons dans un premier temps sur deux formes à la fois matérielles et discursives de la médiation architecturales : les exposition et les livres, que nous saisirons à la fois comme productions matérielles et comme terrains d’enquêtes socio-historiques.

A. L’architecture en expositions  :

Les nombreuses expositions d’architecture qui jalonnent le demi-siècle qui vient de s’écouler, en France et à l’étranger, marqueurs clés de son institutionnalisation culturelle, constituent en effet des cadres privilégiés d’observation du champ de l’architecture. Dans une certaine unité de temps, de lieu et d’action, une exposition, entreprise éminemment collective, présente l’avantage de combiner des corpus visuels et textuels. En ce qu’elle s’accompagne d’une production de discours sur de multiples registre (analytique, critique, promotionnel, universitaire, etc.), elle constitue une coupe privilégiée sur la scène architecturale et sur les relations entre ses multiples acteurs (architectes, commissaires d’expositions, responsables de collection, galeristes, journalistes, critiques, responsables politiques, maîtres d’ouvrages, etc.). Un des enjeux de cet axe est construire des partenariats, voire un réseau de recherche, avec tous les chercheurs qui ont mené des recherches sur les expositions d’architecture en France (Joseph Abram, Danièle Pauly, etc.) comme à l’étranger (Felicity Scott, Monique Yaari, Barry Bergdoll, etc.)

B. Des livres, des architectes  :

Prenant sa source dans les travaux du groupe de recherche « des livres, des architectes », formé en 2009, lors d’une journée d’étude organisé à l’EHESS par P. Chabard et M. Kourniati, cet axe s’intéressera (et interrogera) la catégorie que forment « les livres d’architectes » . A la manière des socio-historiens du livre (MacKenzie, Topalov, etc.) et de la lecture (Chartier), nous chercherons à « sortir du livre » et à le replacer dans les conversations multiples auquel il a pu participer, au gré de ses éditions. Contre l’anachronisme ordinaire des lectures des ouvrages du passé qui conforte les certitudes du présent, nous appliquerons un « historicisme réflexif » qui dérange les évidences et révèle les écarts, voire la part d’incommensurabilité entre les représentations d’aujourd’hui et celles d’hier.

Au lieu d’actualiser les livres ou de les instrumentaliser pour tirer a posteriori des enseignements pour le présent, les enquêtes, à la fois pragmatiques et réflexives, menées dans ce cadre, les saisissent comme des objets multidimensionnels, inscrits non seulement dans le temps de l’histoire mais dans l’espace social et cherchent à comprendre les tâches assignées aux (ou par les) auteurs, les conditions, et les contraintes qui régissent la construction du sens du livre et les formes qui gouvernent sa transmission (édition, rééditions, traductions, etc.).

4. Métropoles du futur

Serge Wachter, Dominique Lefrançois, Patrick Leitner, Christian Pedelahore, Karen Bowie… 

Cet axe, dont les liens sont importants avec l’axe « Architecture des territoires » de l’UMR AUSSER, vise à explorer les futurs possibles des métropoles sous diverses facettes. Les réseaux physiques, en particulier les réseaux d’infrastructures, constituent le substrat de l’organisation urbaine et de l’architecture. Dans un contexte où la mobilité obéit à des règles nouvelles, les réseaux de voirie et les lieux de transport enregistrent d’importantes transformations fonctionnelles et morphologiques. Comment penser ces évolutions et quels sont les scénarios envisageables et plausibles pour la ville de demain ? Ces enjeux et questionnements s’appliquent avec la même force s’agissant de l’impact des réseaux numériques sur la forme urbaine et sur l’architecture. Existe-t-il une organisation urbaine et une architecture propre à la société de l’information ? La ville numérique se distingue-t-elle par des formes et agencement particuliers caractérisant aussi bien son bâti, que ses tissus urbains, sa voirie et ses espaces publics ? Les maisons, bâtiments et plus encore la ville deviendront-ils intelligents ? Le sujet des « smart cities » n’est pas une fiction prospective mais un champ émergent de savoirs et d’intérêts où divers acteurs privés et collectivités publiques réclament des analyses, états de lieux, éclairages et visions stratégiques.

Dans la continuité de ces questions, il y a lieu d’explorer les voies et moyens possibles, les différents scénarios permettant de mettre les technologies de l’information et de la communication au service de la transition énergétique des villes. Cet axe de recherche a été soutenu par l’ADEME et le Ministère de l’Ecologie, il a donné lieu à des partenariats avec des agglomérations (Grenoble, Tours, Mulhouse, Lille…) et les travaux obtenus ont vocation à être développés et approfondis. A cet égard, il faut signaler que la question de la transition vers une ville sans énergie fossile, sous l’angle de sa forme urbaine possible et de son architecture, fait l’objet d’un enseignement à l’ENSAPLV.

On observe un intérêt croissant en France et en Europe pour les démarches de prospective. Villes et autres acteurs de la production urbaine (Véolia, Eiffage…) soutiennent des initiatives et des recherches finalisés sur les problèmes et enjeux, les opportunités et les menaces que devront affronter les métropoles à un horizon plus ou moins lointain (voir les travaux de la Fabrique de la Cité financés par PSA et Véolia). Sur la base des acquis et domaines de travail déjà explorés par les membres de l’Equipe nous proposons un axe de recherche sur les démarches de prospective engagées par les villes et les acteurs de la production urbaine en France et dans les pays de l’Union européenne. Des synthèses existent sur ce sujet, qui font l’objet d’actualisations périodiques financées notamment par la Commission Européenne. Un réseau européen d’équipes universitaires ou appartenant à d’autres instituts de recherche s’est constitué pour étudier de manière comparative ces démarches d’exploration du futur.

Ces orientations de recherche renvoient in fine aux politiques d’aménagement et aux conditions de leur élaboration/formulation. Tous les documents de planification territoriale, quelle que soit leur échelle, intègrent une dimension qui interroge le futur. C’est tout particulièrement vrai de la politique d’aménagement du territoire. A cet égard, des partenariats sont possibles avec la DATAR - et avec des agglomérations - pour évaluer la contribution des démarches de prospective à la définition et la mise en œuvre de programmes d’aménagement.