Présentation du Lab R&D

Lab R&D : Explorations théoriques, expertise, innovation

Le terme Lab, emprunté aux disciplines liées aux sciences dures, désigne pour le futur quinquennal un dispositif permettant un grand nombre d’actions, à la croisée entre recherche fondamentale et recherche appliquée. Pour le prochain pluriannuel, le Lab R&D : Explorations théoriques, expertise, innovation propose un cadre expérimental dans lequel pourront être questionnées les grandes mutations en cours concernant les approches, les méthodes, les savoirs et les savoir-faire en architecture, suivant une volonté de coordination du volet recherche appliquée présent dans les trois thèmes de l’UMR. Les mutations en cours obligent de fait à expérimenter de nouveaux outils, démarches et stratégies et à les confronter, d’un côté, aux acquis de la recherche fondamentale en architecture et, de l’autre, aux besoins émergeant du monde de la profession d’architecte. Dispositif ouvert, flexible et participatif, il vise à développer des idées, des pensées, des concepts innovants en fournissant les outils nécessaires à leur mise en pratique.

  • Échelle territoriale : aires géographiques, prospective et objectifs

Une première piste de travail sera associée aux aires géographiques et aux grands territoires de projet en Europe, Asie et Amérique. Posée comme point de départ de la recherche, l’aire géographique place d’emblée le chercheur en situation d’exploration parce qu’elle en délimite le champ, l’horizon d’intervention et ce quelle que soit l’échelle : un continent, un pays, une région, une ville – diffuse ou non, un quartier, une parcelle. Comment procéder à des explorations théoriques dans des pays comme l’Asie qui, historiquement, ont peu de penchant pour le concept surplombant, pour la construction théorique ? Quelle place donner et comment comprendre les processus collectifs, la plasticité des groupes humains, la transmission et les échanges qui forgent la transformation des territoires sur la longue durée ? La notion d’aire géographique convoque deux types de savoirs et d’expériences : les savoirs locaux (vs. les savoirs voisins, lointains, universels, théoriques....) ; les interdisciplinarités indispensables à la compréhension des articulations géographiques complexes. Cette géographicité des savoirs et des interdisciplinarités oriente naturellement nos recherches vers la question de la transmission. De l’Anatolie au Japon, du Sinkiang à l’Iran, de à l’Inde à l’Indonésie, modèles architecturaux, formes urbaines et techniques n’ont cessé de s’échanger depuis 3000 ans. Pourtant, si elles empruntent à des spatio-temporalités aussi vastes, nos recherches ne visent qu’un seul objectif, celui de poser des questions ici et maintenant.

En parallèle, la démarche prospective mise en avant dans les études sur le patrimoine et le tourisme (thème 1), dans les recherches à l’échelle urbaine, territoriale, paysagère (thème 2), et dans les analyses des cultures et savoirs à l’échelle de l’objet architectural (thème 3) pourra retrouver à travers les actions du Lab R&D un lien très fort avec l’anticipation finalisée, propre au projet architectural et urbain. La prospective n'a pas la prétention de se substituer au projet. Son but est avant tout d'éclairer les choix du présent, ceux que nous faisons aujourd'hui et dont les répercussions sont visibles à moyen ou long terme. Dans un contexte de mondialisation accélérée, il nous semble essentiel d'inscrire une partie de nos efforts de recherche dans un questionnement sur le devenir de l’architecture à un horizon de 10 à 20 ans.

Dans les différentes aires géographiques et à des échelles variées, les travaux sur la prospective permettront de réaliser des diagnostics, élaborer et comparer des scénarios normatifs, tendanciels et exploratoires, et émettre des recommandations en termes de politiques publiques. Un travail de veille sera nécessaire : elle consistera à chercher et trier l'information la plus pertinente pour nourrir la réflexion prospective. Les informations recherchées concernent aussi bien l'évolution de nos modes de vie dans l’espace architectural et urbain, les progrès technologiques, les mutations et les innovations qui sont à l’œuvre dans les pays émergents. Nourrissant en même temps l’important travail de conseil et expertise déjà entrepris par les chercheurs de l’UMR au cours du dernier contrat, elle s'intéressera notamment aux innovations et faits porteurs d'avenir susceptibles d'entraîner des changements importants à moyen ou long terme.

Enfin, l’objectif sera aussi celui de la prise de contact avec des entreprises et des agences d’architecture en France et à l’étranger, susceptibles d’accueillir des doctorants de l’UMR financés par des groupes économiques privés ou par des Conventions industrielles de formation par la recherche (CIFRE). Attribués par l’ANRT, pour le compte du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, ces conventions prévoient une subvention annuelle aux agences pour un salaire d’embauche d’un doctorant en CDI ou CDD de 3 ans. Les coûts restants à la charge de l’entreprise peuvent être éligibles au crédit impôt recherche (CIR). L’UMR AUSser, en tant que signataire du contrat de collaboration avec les agences est garante des conditions de déroulement des recherches et d’utilisation des résultats obtenus. Il s’agit donc pour l’Unité d’un double rôle à assurer à travers l’encadrement des thèses CIFRE : d’une part, aider les agences à devenir compétitives grâce aux acquis de la recherche fondamentale et le développement de la recherche-action : d’autre part, améliorer ses propres domaines de compétences, anticiper des solutions techniques qui pourraient être compétitives sur le marché, explorer les liens entre recherche publique et recherche privée dans le champ de l’architecture.

  • Échelle de l’édifice : patrimoine, expertise et conseil

L’approche prospective menée à l’échelle territoriale pourra s’enrichir d’une réflexion sur le devenir et l’évolution des édifices existants. Bien que l’activité de démolition, rénovation, transformation, conservation-restauration des bâtiments hérités du passé soit très intense, notamment sous l’effet des exigences accrues en termes de performances énergétiques et de confort, ces pratiques demeurent encore peu analysées et éclairées par la recherche. Les travaux des chercheurs de l’UMR AUSser qui s’inscrivent dans le thème 1 « patrimoine, tourisme et projets » font figure d’exception. Ils méritent d’être davantage diffusés auprès du monde professionnel, maîtres d’ouvrages et maîtres d’œuvre, qui ont besoin de regards critiques, de construction de la connaissance à partir d’expériences dispersées et de recommandations à la fois savantes et pragmatiques.

Dans le champ de la conservation-restauration des Monuments historiques, la relation entre production de connaissances et application pratique dans le projet va de soi. Les champs couverts par la recherche peuvent être très variés puisqu’ils vont de l’histoire de l’architecture à la compréhension des phénomènes de dégradation physico-chimiques en passant par l’archéologie, la théorie, l’histoire des techniques, l’anthropologie, la sociologie, etc. Ces compétences existent au sein des équipes de recherche de l’UMR AUSser. Dans le cadre du Lab R&D, il s’agirait de mettre à contribution des équipes pluridisciplinaires dans le cadre de réflexions menées avec l’appui de l’outil pédagogique. Une tentative récente de réponse à un appel d’offres d’étude lancé par une Direction Régionale des Affaires Culturelles a démontré tout le potentiel de l’association d’une équipe de recherche adossée à des ateliers d’enseignement et d’expérimentation et d’un cabinet d’architecture. En outre, l’expérience de la Chaire partenariale « Patrimoine, expérimentation, projet » démontre elle aussi la richesse de ce que la recherche et l’enseignement peuvent apporter aux maîtres d’ouvrages comme le Centre des monuments nationaux. Les propositions qui émanent du dispositif, qui associe les étudiants du DSA Architecture et Patrimoine, permettent au CMN d’affiner des programmes, de projeter des évolutions avec des moyens souvent plus innovants que ce qui était envisagé au départ, et d’avoir un regard plus global que l’addition de problématiques complexes. Dans le même cadre, les partenariats noués avec la DRAC Ile-de-France sur l’évaluation architecturale, urbaine et paysagère des villes nouvelles attestent de la validité de la méthode même sur des objets plus banals.

D’autres formes de partenariats et d’autres aires d’intervention peuvent être envisagées, comme les questions de l’habitat. L’observation des pratiques de la rénovation thermique ou de l’évolution des quartiers périphériques comme les grands ensembles apporte une matière féconde. Là encore, l’expérience des chercheurs de l’UMR AUSser révèle que les bailleurs sociaux sont en demande de retours critiques sur leurs projets, d’évaluations et d’idées pour l’évolution de leur patrimoine. Le Lab R&D offre la possibilité de nouer des partenariats de recherche à visée opérationnelle, force de propositions et de recommandations. L’intégration des séminaires de master et/ou des projets de fin d’études à la démarche est indispensable dans le sens où la variété des projets permet d’ouvrir le champ des possibles. Outre le fait de produire de la connaissance à destination du monde professionnel, cette relation permet également de renforcer l’apprentissage de l’architecture en lui donnant un fond concret et en faisant participer les acteurs du monde de la construction.

Une troisième piste, à destination des agences d’architecture, semble envisageable. L’expérimentation récente de doctorats par voie de VAE au sein de l’UMR a dévoilé que les savoirs et les savoir-faire propres aux praticiens gagneraient beaucoup à être problématisés de façon à être transmis. Parallèlement, une somme de connaissance importante est produite dans le cadre des mémoires de master sur les pratiques des architectes, sans que ceux-ci en soient informés. Il nous semble que le Lab R&D a un rôle fondamental à jouer dans la transmission des connaissances entre praticiens acteurs de la construction et enseignement en offrant les outils et les méthodes nécessaires. Dans ce cadre, l’architecture existante peut être perçue comme un document matériel et / ou culturel, suscitant des approches variées et pluridisciplinaires.