Thème 3 : Cultures, savoirs, médiations et productions architecturales

Responsables : Pierre Chabard, Isabelle Chesneau, Guy Lambert 

Le thème Culture, savoirs, médiations et productions architecturales regroupe plusieurs axes transversaux du pluriannuel précédent portant, d’un côté, sur la diffusion, la transmission et l’enseignement des cultures et savoirs architecturaux et techniques et, de l’autre, sur les représentations visuelles et langagières de la conception architecturale et urbaine. Ce regroupement tient aux collaborations déjà nouées entre certains chercheurs au cours du précédent contrat et plus encore à des parentés d’objet, de méthodes et de questionnements, qui ont encouragé à fédérer ces approches en un thème visant à examiner l’élaboration des savoirs à l’oeuvre dans les mondes de l’architecture et du cadre bâti, les ressorts des cultures projectuelles et productives ainsi que les processus de leurs médiations. Les recherches inscrites dans ce thème invitent ainsi à revenir, dans une perspective historique mais aussi dans une perspective contemporaine, sur des questions traditionnellement soulevées par la discipline de l’architecture : la place de la culture architecturale au sein du monde intellectuel et des communautés de la recherche ; les oppositions et articulations entre les domaines relevant du savant ou du « populaire » ; l’influence du politique sur la commande ; les tensions entre les institutions culturelles et professionnelles ; les contraintes, parfois contradictoires, qui président à la conception des projets. Il s’agit aussi de chercher à explorer de nouvelles pistes, ouvertes par les mutations de la société : interpénétration progressive des maîtrises d’ouvrage privée et publique ; statut des acteurs du monde bâti et paysager dans une forme de mondialisation bouleversée par les renouvellement énergétiques et climatique, les tensions sociales qui en dérivent et la mise en crise des diktats modernistes ; renouvellement des pratiques de maîtrise d’oeuvre – architecturale, urbaine ou paysagère – en réaction aux évolutions programmatiques, économiques et technologiques.

Rapportée à la production architecturale au sens large, c’est-à-dire projetée, bâtie mais aussi écrite et dessinée, la réflexion vise en premier lieu à appréhender le substrat intellectuel et professionnel qu’elle traduit autant qu’elle nourrit, comme une matière mouvante en perpétuelle réélaboration : théories, doctrines, essais critiques, normes et manuels, prototypes et représentations, etc. Construites aux confins de domaines disciplinaires contrastés, depuis l’art jusqu’aux sciences et aux techniques, des sciences humaines jusqu’à l’économie et au droit, ses manifestations doivent être saisies au prisme d’une approche inclusive, pragmatique et relationnelle qui s’intéresse aux objets qu’aux processus dont ils sont issus et qu’aux acteurs qu’ils impliquent.

En parallèle de l’analyse des édifices eux-mêmes, et plus généralement des espaces architecturés (architecture, ville, paysage), ce sont les lieux où s’élaborent, se discutent et se transmettent les savoirs en matière d’architecture qui seront interrogés, au filtre d’une approche culturelle, sociale et matérielle : agence, chantier et usine, institution culturelle et établissement scolaire, mais également publications, expositions, conférences, etc.

Cette attention à la manière dont la production architecturale (au sens large) se spatialise sera combinée à une approche sociohistorique de ses différentes modalités, qui prendra en compte l’étendue des acteurs « produisant » l’architecture et la variété de leurs interactions. L’étude les diverses formes du discours professionnel – depuis le jugement expert jusqu’à l’analyse critique – s’en trouvera aussi impactée : il s’agit dès lors moins de les rapporter à leur possible substrat commun que de mesurer la spécificité de leurs expressions en fonction de contexte d’énonciation, allant de la sphère professionnelle à la médiatisation vers un public profane, c’est-à-dire de l’affirmation d’une position d’autorité jusqu’aux formes de la réception.

À la croisée de ces lieux de savoirs et ces expressions culturelles, il s’agira enfin de saisir les vecteurs de transferts culturels (entre domaines, entre disciplines, entre aires géographique) mais aussi, plus généralement, de médiation. Profitant des apports de la sociologie et de l’histoire de l’art, cette notion féconde permet d’englober, sans a priori, dans la même analyse les faits de discours qui circulent entre les objets et les sujets de l’architecture, et qui interviennent aussi bien en aval qu’en amont de l’oeuvre, à l’intérieur qu’à l’extérieur de la discipline. Elle présente également l’intérêt de prendre en compte la portée opératoire de ces discours.